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Avant d'automatiser votre PME
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Avant d'automatiser votre PME, posez ce diagnostic sur vos données

80 % du temps de vos équipes part à chercher l'information, pas à l'utiliser. Avant de choisir un outil ou de lancer un projet d'automatisation, vérifiez d'abord si votre vrai problème n'est pas la dispersion des données.

Donatien Lefranc

Donatien Lefranc

Fondateur & Président, Leando

28 mai 20269 min de lecture

L'essentiel

  • • 80 % du temps d'une tâche récurrente part à chercher l'information, pas à l'exécuter. Ce ratio est le premier signal que la centralisation des données PME doit précéder l'automatisation.
  • • Le test du ratio collecte/exécution sur trois tâches suffit à poser le diagnostic en moins d'une heure avec votre équipe.
  • • Un SI fragmenté se reconnaît à trois signaux : données introuvables rapidement, rituels informels de synchronisation, onboarding anormalement long.
  • • Centraliser commence par les données les plus sollicitées dans les tâches les plus fréquentes, pas par une refonte globale.
  • • Le séquençage qui tient dans la durée : centraliser, puis structurer, puis automatiser. Inverser l'ordre revient à accélérer un problème existant.

La question revient régulièrement dans les discussions avec des dirigeants de PME :« On aimerait automatiser nos processus, par où est-ce qu'on commence ? » C'est une bonne question, mais elle part souvent d'un mauvais diagnostic. Avant de décider quoi automatiser, il faut d'abord comprendre pourquoi vos équipes perdent du temps, et la réponse n'est pas toujours celle que vous attendez.

Le symptôme visible masque souvent la vraie cause

Vos équipes sont lentes sur certaines tâches. Les délais s'allongent. Des informations se perdent entre deux échanges de mails. Votre réflexe naturel : automatiser ces tâches pour aller plus vite.

Ce réflexe est compréhensible, mais il court-circuite le diagnostic. La lenteur n'est pas toujours liée à la tâche elle-même, elle est souvent liée à ce qui précède la tâche : le temps passé à collecter les données nécessaires pour l'exécuter.

Dans les projets que je mène avec des PME de 15 à 50 personnes, on retrouve régulièrement le même schéma : une tâche dont l'exécution réelle prend deux à cinq minutes mobilise en réalité quinze à vingt minutes sur l'agenda de la personne. La différence ? Le temps passé à naviguer entre trois ou quatre systèmes pour rassembler les informations nécessaires avant de pouvoir commencer.

Une équipe l'a formulé de manière très directe lors d'un atelier de cartographie de leurs processus : « La consolidation des données, ça représente 80 % du temps de la tâche. » Ce n'est pas une exception, c'est un ratio que l'on retrouve dans des secteurs très différents, des équipes administratives aux équipes de production.

Selon McKinsey, les salariés passent en moyenne 1h48 par jour à chercher et rassembler des informations (soit 9,3 heures par semaine). L'IDC évalue ce chiffre à environ 30 % de la journée de travail. Ces données portent sur des populations larges, mais elles correspondent exactement à ce qu'on observe sur le terrain dans des PME dont le système d'information est morcelé.

Le test du ratio : mesurez avant de décider

Le test le plus simple pour diagnostiquer un problème de centralisation des données PME est ce qu'on appelle le test du ratio collecte/exécution.

Prenez trois tâches récurrentes dans votre entreprise, de préférence celles sur lesquelles vos équipes se plaignent de manque de temps. Pour chacune, posez deux questions précises :

  1. Combien de temps faut-il pour exécuter la tâche une fois que toutes les informations sont disponibles ?
  2. Combien de temps faut-il pour rassembler ces informations ?

Si le ratio dépasse 50/50 en faveur de la collecte, vous n'avez pas un problème d'automatisation, vous avez un problème de centralisation. Automatiser dans cet état revient à accélérer une partie du processus tout en laissant intact le goulot d'étranglement réel.

Ce diagnostic prend moins d'une heure à réaliser avec votre équipe. Il est systématiquement plus révélateur qu'un benchmark d'outils ou qu'une liste de « processus à automatiser ». Selon Bpifrance Le Lab (juin 2025), 43 % des PME-ETI ne réalisent aucune analyse de leurs données pour piloter leur activité, ce qui signifie qu'une grande partie de ces ratios n'est jamais mesurée, et donc jamais corrigée.

Les 3 signaux d'un système d'information fragmenté

Un système d'information fragmenté ne se diagnostique pas toujours à l'œil nu. Voici les trois signaux les plus fiables, observés dans des contextes très différents :

Slide illustrant que le vrai problème en PME n'est pas un manque d'outils mais un défaut de structuration des données
Ce diagnostic revient systématiquement dans les PME de 15 à 50 salariés : le frein n'est pas l'absence d'outils, c'est l'absence de structuration. Chaque outil fonctionne seul, aucun ne communique avec les autres.

Signal 1 : l'information existe, mais personne ne sait exactement où elle est

Les données sont présentes dans vos outils. Elles sont simplement réparties entre un back-office maison, un tableur partagé, une messagerie email, un outil de stockage cloud et peut-être un ERP partiel. Chaque système est cohérent avec lui-même. Le problème est qu'ils ne se parlent pas, et que retrouver une donnée précise implique de savoir dans quel outil la chercher , ce qui n'est pas toujours évident, surtout pour les nouveaux arrivants ou lors de périodes d'absence.

Signal 2 : les équipes ont développé des rituels informels de synchronisation

Les réunions de coordination qui durent deux fois plus longtemps que prévu parce que « on cherche l'information ensemble », les appels téléphoniques pour vérifier une donnée qui devrait être accessible directement, les chaînes de mails où on transfère un document plutôt que de pointer vers une source unique. Ces rituels sont des compensations développées organiquement pour pallier l'absence de centralisation. Ils sont coûteux et invisibles dans les bilans.

Signal 3 : l'onboarding d'une nouvelle personne prend un temps disproportionné

Quand intégrer un nouveau collaborateur sur un poste opérationnel prend plusieurs semaines, non pas parce que le métier est complexe, mais parce qu'il faut apprendre « où sont les choses » (dans quel outil, dans quel dossier, chez quelle personne), c'est un signal fort d'un SI sans référentiel centralisé. La connaissance est dans les têtes, pas dans les systèmes.

Dans les entreprises fonctionnant en équipes décalées (trois-huit sur des chaînes de production, par exemple), ce troisième signal prend une dimension critique : une grande partie de l'information opérationnelle ne passe que par transmission orale lors des relèves, avec les pertes et les approximations que cela implique pour les équipes logistique ou commerciale qui en dépendent en aval.

Ce qu'il faut centraliser en priorité, pas tout à la fois

La centralisation des données PME n'est pas un projet de refonte totale du système d'information. C'est une démarche ciblée, qui commence par les données les plus sollicitées dans les tâches les plus fréquentes.

La méthode en trois étapes :

  1. Lister les tâches à fort volume de répétition dans vos équipes. Pas les tâches importantes, les tâches fréquentes. Ce sont elles qui concentrent le plus de temps perdu en collecte.
  2. Identifier les données d'entrée de chaque tâche : quelles informations faut-il avoir sous la main pour commencer ? D'où viennent-elles aujourd'hui ? Dans combien de systèmes différents ?
  3. Prioriser les données qui reviennent dans plusieurs tâches différentes : un identifiant client, un numéro de contrat, des coordonnées, une date de mise en service. Ces données transverses sont les premières candidates à la centralisation, parce qu'elles ont le meilleur retour sur investissement en temps gagné.

Cette approche est délibérément opposée à celle qui consiste à « tout mettre dans un seul ERP ». Un ERP global est souvent une réponse surdimensionnée pour une PME de 20 à 50 personnes, et les projets de migration globale prennent du temps avant de produire des effets visibles. Centraliser les données les plus sollicitées, dans un référentiel accessible depuis les outils existants, produit des gains rapides et mesurables.

Pour approfondir la méthode de diagnostic du système d'information, l'article Comment moderniser le SI d'une PME sans tout refaire détaille les étapes d'un audit d'existant et les critères de priorisation.

Le bon séquençage : centraliser, structurer, puis automatiser

La plupart des projets de digitalisation PME échouent ou déçoivent parce qu'ils brûlent les étapes. L'automatisation est la phase visible, la plus attrayante, et la plus fragile si elle est lancée trop tôt.

« Normalement, dans une entreprise qui a bien modernisé ses processus, tout cela devrait se faire de façon toute naturelle par le système d'information et non pas par l'humain, de manière à libérer l'humain. »

Donatien Lefranc, fondateur de Leando

Le séquençage qui fonctionne est le suivant :

Étape 1 : Centraliser. Rassembler les données les plus sollicitées dans un référentiel unique, accessible depuis les outils métier en place. L'objectif n'est pas la perfection, c'est que les équipes aient une source unique pour les données dont elles ont besoin quotidiennement.

Étape 2 : Structurer. Une fois les données centralisées, les qualifier et les normaliser. Un champ « nom d'entreprise » renseigné de quinze façons différentes empêche toute exploitation automatisée ultérieure. La structuration, c'est l'étape qui rend les données exploitables, par un humain comme par une machine.

Étape 3 : Automatiser. Seulement à ce stade, l'automatisation devient pertinente. Parce que les données sont au bon endroit, dans le bon format, et que les règles métier sont suffisamment stables pour être codifiées. On peut alors automatiser la détection d'anomalies, le déclenchement de tâches récurrentes, les relances, les rapports périodiques, sur une base solide, pas sur un assemblage fragile.

Ce séquençage est contre-intuitif parce qu'il demande d'investir du temps dans des étapes qui semblent moins « high-tech » que l'automatisation. Mais les projets qui respectent cet ordre tiennent dans la durée. Ceux qui les court-circuitent finissent par automatiser des processus qui ne fonctionnaient déjà pas bien manuellement. Les problèmes s'accélèrent plutôt qu'ils ne disparaissent.

Pour comprendre pourquoi le cadrage amont est déterminant dans ce type de projet, l'article Pourquoi le cadrage digital est crucial à l'ère de l'IA explore les conditions qui font la différence entre un projet qui avance et un projet qui stagne.

Les questions qu'on nous pose souvent

Questions fréquentes

Appliquez le test du ratio collecte/exécution sur trois tâches récurrentes. Si vos équipes passent plus de temps à chercher les informations nécessaires qu'à exécuter la tâche elle-même, le problème prioritaire est la centralisation des données, pas l'automatisation. Ce diagnostic ne prend pas plus d'une heure avec votre équipe.

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